OCEAC, Yaoundé, CamerounInstitut de recherche pour le développement
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UMR 035 IRD/CIRAD

Les trypanosomoses sont des maladies parasitaires dues à des protozoaires flagellés du genre Trypanosoma. La transmission à homme et au bétail, est assurée par un insecte hématophage, la glossine ou mouche tsé-tsé, chez lequel le parasite accomplit une évolution cyclique plus ou moins complexe avant d'être à nouveau transmis.

Comme dans toute maladie à transmission vectorielle, l'implication des trois acteurs - parasite, vecteur, mammifère - complique la compréhension des différents faciès épidémiologiques et rend difficile les campagnes de lutte.

Depuis un siècle, les trypanosomoses africaines sont étudiées de manière approfondie. Les recherches ont permis de mieux comprendre les schémas épidémiologiques et de mettre au point des méthodes de lutte.

Comment comprendre alors qu'à l'aube du XXIème siècle, nous soyons encore confrontés à ces endémies, fléaux sanitaires et freins au développement économique ?

Pendant l'époque coloniale, compte tenu de l'ampleur du fléau, des résultats spectaculaires ont été obtenus, en Afrique occidentale et en Afrique centrale, essentiellement par prospections médicales, complétées par la prophylaxie agronomique ; leur rendement dans l'assainissement du réservoir humain suffisait, apparemment, à résoudre le problème de la THA, dans l'aire de Trypanosoma brucei gambiense. Depuis les indépendances des états africains, la spectaculaire reprise de la THA, doit être imputée, à la fois, à l'arrêt des prospections médicales systématiques et au fait que ces états se sont limités à faire du dépistage passif avec un personnel peu spécialisé et de plus en plus démotivé ?

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Depuis une vingtaine d'années, sous l'effet conjugué de la sécheresse, de l'évolution démographique et de la maîtrise de certaines contraintes, les populations humaines occupent de plus en plus de milieux et d'espaces, autrefois marginaux, pour y développer des activités agricoles, dont l'élevage. Les grands troupeaux de bétail pénètrent dans ces zones, temporairement dans un premier temps, puis souvent de façon définitive dans le cadre d'une logique de "fronts pionniers" qui souvent évoluent vers des associations stables agriculture-élevage. Cette translation des activités pastorales associée à une sédentarisation croissante des hommes et des troupeaux va de pair avec une confrontation accrue entre le bétail et les maladies parasitaires, particulièrement celles comme la TAA transmises par des vecteurs, avec des conséquences économiques et sociales considérables.

Mais d'autres facteurs d'importance non négligeable peuvent aussi être invoqués pour expliquer la pérennisation de ces endémies :

dégradation des conditions de vie et de production dans le Sahel, avec une pression démographique et des événements politiques ayant accentué un glissement de l'élevage vers les zones humides ;

mouvements et déplacements de populations de plus en plus importants et non planifiés, des zones sahéliennes vers les zones plus humides ;

fin de l'immobilisme qui caractérisait autrefois la vie sociale et économique africaine ;

concentration péri urbaine ;

explosion démographique galopante, associée à un accroissement du cheptel incontrôlé et incontrôlable ;

contact des hommes et de leurs animaux avec les glossines devenu inévitable ;

démobilisation des populations peu "contraintes" à se présenter aux contrôles médicaux ;

méconnaissance, de la part des pouvoirs publiques, de ces populations et de leur localisation  ;

crainte d'un traitement dangereux, entraînant des dépenses pour les familles ;

absence de médicaments de remplacement pour pallier les pénuries induites par la non rentabilité des produits existant ;

absence de volonté politique pour lettre en place des systèmes de lutte intégrée.

A cela s'ajoutent des faits scientifiques :

•nombreuses inconnues dans le cycle du parasite notamment au niveau de la faune sauvage et domestique ; qui sont et où sont les réservoirs ?

variabilité génétique du parasite, induisant une réponse incertaine, peu fiable, aux tests de dépistage et une pathogénicité variable selon les individus ;

réactions croisées entre trypanosomes humains et trypanosomes animaux ;

variabilité génétique des glossines et modification de leur comportement en relation avec la transformation des écosystèmes ;

résistance de plus en plus évidente du trypanosome aux médicaments couramment employés ;

évolution incontrôlée des comportements de l'homme dans l'espace induisant des modifications importantes dans les schémas épidémiologiques et un risque de plus en plus fort dans certaines régions autrefois relativement protégées.

Enfin, des ignorances sur plusieurs sujets de première importance subsistent :

› sur les sites de transmission de la maladie encore inconnus dans la plupart des situations endémiques de THA ;

› sur la perception traditionnelle de la maladie et le comportement des populations ;

› sur les protocoles de lutte à appliquer pour pallier les problèmes logistiques et financiers ;

› sur la circulation des souches résistantes aux traitements.